Mise à jour le 3 octobre 2026
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Qui se cache derrière un faux compte Instagram, un compte TikTok ou Snapchat anonyme qui harcèle, insulte, menace ou usurpe une identité ? Depuis le 18 août 2026, le règlement européen e-Evidence permet à un procureur ou à un juge français d’exiger directement de Meta, TikTok, Snap ou X, dans un délai de dix jours, les données d’inscription et de connexion d’un compte, sans passer par l’entraide internationale. Restent deux contraintes : la diffamation et l’injure se prescrivent par trois mois, et le règlement n’oblige pas la plateforme à conserver les données. Cette page expose ce que la police peut obtenir, quelle plainte déposer et comment préserver les preuves.

En bref
Faux compte ou compte anonyme : peut-on savoir qui se cache derrière ?

C’est possible, jamais garanti, et le cabinet Kadri Avocat engage pour la victime la procédure qui le permet : il rédige, dépose et suit la plainte pour cyberharcèlement, menaces, diffamation ou usurpation d’identité sur Instagram, TikTok, Snapchat ou X. La victime n’a pas accès aux données de la plateforme : seul un procureur ou un juge peut les exiger. Depuis le 18 août 2026, il peut obtenir directement de Meta, TikTok, Snap ou X, dans les dix jours, l’adresse électronique, le numéro de téléphone et les adresses IP du compte, puis faire identifier l’abonné auprès de l’opérateur. Deux contraintes demeurent : la diffamation et l’injure se prescrivent par trois mois, et la plateforme n’est pas tenue de conserver les données. D’où l’intérêt de fixer les preuves et de demander sans attendre leur conservation. Le cabinet intervient à chacun de ces stades.

Comment savoir qui se cache derrière un faux compte Instagram, TikTok ou Snapchat

Une recherche inversée de la photo de profil permet de vérifier si l’image est publiée ailleurs sous un autre nom, indice d’un faux compte. Elle ne donne pas le nom de son auteur. Ce nom ne peut pas davantage être obtenu en s’introduisant dans le compte : l’accès frauduleux à un système de traitement automatisé de données est puni de trois ans d’emprisonnement et de 100 000 euros d’amende (art. 323-1 du code pénal).

Les éléments d’identification sont détenus par la plateforme : l’adresse électronique ou le numéro de téléphone fournis lors de l’inscription, les adresses IP utilisées pour se connecter. La loi impose aux hébergeurs de conserver ces données et de les communiquer à l’autorité judiciaire qui les demande (art. 6, V, de la loi pour la confiance dans l’économie numérique) ; la victime n’y a pas accès directement.

La police peut-elle retrouver l’auteur d’un compte anonyme ? Adresse IP, numéro de téléphone, réquisition

L’adresse IP ou le numéro de téléphone livrés par la plateforme ne donnent pas un nom : une seconde réquisition est adressée à l’opérateur français, qui conserve un an les données permettant d’identifier la source d’une connexion et cinq ans l’identité civile de son abonné après la fin du contrat (art. L. 34-1 du code des postes et des communications électroniques). L’adresse IP d’un réseau privé virtuel (VPN) ou d’un Wi-Fi public ne mène pas directement à l’utilisateur.

L’infraction visée dans la plainte commande ce que la police peut demander. L’adresse IP ne peut être requise, aux seules fins d’identifier l’auteur, que si la procédure porte sur un délit puni d’au moins un an d’emprisonnement commis par l’utilisation d’un réseau de communications électroniques (art. 60-1-2 du code de procédure pénale). Le cyberharcèlement, l’usurpation d’identité, la menace de mort, la diffamation et l’injure à caractère raciste, sexiste, homophobe ou visant un handicap remplissent cette condition. La diffamation et l’injure envers un particulier, punies d’une amende, ne la remplissent pas : seules peuvent alors être requises l’identité civile de l’utilisateur et les données fournies lors de la création du compte (Cass. crim., 14 mars 2023, n° 22-90.018). Le contenu des messages, par la voie de l’injonction européenne, suppose un juge et une infraction punie d’au moins trois ans d’emprisonnement, telle la menace de mort, ou l’une de celles que le règlement énumère.

Référence
Cass. crim., 30 avril 2024, n° 23-85.683

L’article 60-1-2 du code de procédure pénale « ne fait pas obstacle à ce que le juge d’instruction ou l’officier de police judiciaire par lui commis requière des opérateurs de communications électroniques, fournisseurs d’accès à internet et hébergeurs, la remise des données relatives à l’identité civile de l’utilisateur ». Ces données peuvent donc être sollicitées par la victime d’une diffamation publique commise en ligne.

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Injonction européenne de production (EPOC) : Meta, TikTok, Snap ou X tenus de répondre en dix jours

Meta, TikTok et X ont leur siège européen en Irlande, à laquelle la décision d’enquête européenne ne s’applique pas. Avant le 18 août 2026, le juge français devait donc recourir à l’entraide internationale, que l’État requis pouvait refuser. Une chaîne de télévision qui cherchait depuis cinq ans l’auteur de messages publiés sur un réseau social s’est ainsi vu opposer un non-lieu, la chambre de l’instruction estimant que des demandes d’entraide se heurteraient au refus des autorités américaines et irlandaises (Cass. crim., 10 février 2026, n° 25-81.762).

Le règlement (UE) 2023/1543, dit e-Evidence, permet désormais au procureur ou au juge d’adresser une injonction européenne de production, transmise par un certificat appelé EPOC, directement à l’établissement que la plateforme a désigné dans l’Union. Celle-ci dispose de dix jours pour transmettre les données, et les États membres doivent prévoir contre le fournisseur défaillant des sanctions pécuniaires pouvant atteindre 2 % de son chiffre d’affaires annuel mondial. Pour les données d’abonné et celles demandées aux seules fins d’identification, le règlement n’exige aucun seuil de gravité et le procureur est compétent (voir déjà CJUE, 2 octobre 2018, Ministerio Fiscal, C-207/16). Le régime complet est exposé dans notre page consacrée à l’injonction européenne de production (EPOC).

La victime ne peut pas émettre l’injonction : elle la sollicite, par sa plainte puis par des demandes d’acte. Une question n’est pas tranchée : la limite que l’article 60-1-2 pose pour les adresses IP s’applique-t-elle à l’injonction européenne ? L’article 5 du règlement, qui exige qu’une mesure similaire soit possible dans une procédure nationale similaire, conduit à le penser.

Plainte classée ou enquête arrêtée faute de réponse de la plateforme : le cabinet, avocat en cybercriminalité, en cyberharcèlement et en diffamation à Paris, demande au procureur ou au juge d’instruction l’émission d’une injonction européenne de conservation puis de production. Contacter le cabinet →

Cyberharcèlement, diffamation sur les réseaux sociaux, usurpation d’identité, menaces : quelle plainte, quelle peine, quel délai

La qualification se choisit avant la plainte : elle détermine la peine encourue, les données que l’enquête peut obtenir et le délai pour agir.

Le cyberharcèlement s’entend de propos ou comportements répétés ayant pour objet ou pour effet de dégrader les conditions de vie de la victime, au point d’altérer sa santé physique ou mentale. Commis en ligne, il est puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende, et de trois ans lorsqu’il vise en outre un mineur. Il est aussi constitué lorsque plusieurs personnes, de concert ou en connaissance de cause, s’en prennent à la même victime, même si aucune n’a agi de façon répétée (art. 222-33-2-2 du code pénal). L’usurpation d’identité, c’est-à-dire l’usage du nom d’un tiers ou de toute donnée permettant de l’identifier en vue de troubler sa tranquillité ou de porter atteinte à son honneur, est punie d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende, y compris en ligne (art. 226-4-1). La menace de mort réitérée ou matérialisée par un écrit est punie de trois ans (art. 222-17). Ces délits se prescrivent par six ans.

La diffamation et l’injure envers un particulier relèvent de la loi du 29 juillet 1881 : 12 000 euros d’amende, un an d’emprisonnement lorsque le propos est raciste, sexiste, homophobe ou vise un handicap. Elles se prescrivent par trois mois, ou par un an pour ces propos discriminatoires, à compter de la première mise en ligne et non du jour où la victime découvre le message (Cass. crim., 11 juin 2024, n° 23-86.920).

Référence
Loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, article 65

L’action se prescrit « après trois mois révolus ». « Toutefois, avant l’engagement des poursuites, seules les réquisitions aux fins d’enquête seront interruptives de prescription. » La plainte simple n’interrompt donc pas le délai.

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Ce délai n’attend pas l’identification de l’auteur : la plainte avec constitution de partie civile, ou une réquisition d’enquête du procureur qualifiant les propos, doit intervenir dans les trois mois, même contre X. Le choix entre diffamation et injure, exclusives l’une de l’autre, et ses conséquences sont développés dans notre analyse consacrée à l’atteinte à la réputation en ligne.

Porter plainte contre un faux compte Instagram ou Snapchat : plainte contre X, classement sans suite, constitution de partie civile

La plainte contre X se dépose au commissariat, à la gendarmerie ou par écrit auprès du procureur de la République ; les officiers et agents de police judiciaire sont tenus de la recevoir (art. 15-3 du code de procédure pénale). Pour que l’injonction puisse être émise sans délai, elle indique l’adresse (URL) du profil et de chaque publication, l’identifiant du compte et pas seulement le pseudonyme, que l’auteur peut modifier, les dates et heures de publication, la qualification et le texte applicable. Un signalement à la plateforme ou sur Pharos ne vaut pas plainte.

Le classement sans suite ne ferme pas le dossier. La victime peut porter plainte avec constitution de partie civile devant le doyen des juges d’instruction, ce qui met en mouvement l’action publique. Pour le cyberharcèlement, l’usurpation d’identité ou les menaces, cette plainte n’est recevable qu’après une plainte simple, suivie d’un classement ou de trois mois sans décision du procureur (art. 85 du code de procédure pénale).

Pour la diffamation et l’injure, la plainte avec constitution de partie civile peut être déposée directement. Elle interrompt la prescription si la consignation fixée par le juge est versée dans le délai imparti (Cass. crim., 30 mars 2016, n° 15-81.606), et elle doit articuler et qualifier chacun des propos poursuivis et viser le texte applicable. La prescription recourt ensuite à compter de chaque acte d’instruction ou de poursuite.

La voie civile reste ouverte : sur le fondement de l’article 145 du code de procédure civile, le juge, saisi sur requête ou en référé, peut ordonner à la plateforme de communiquer les données d’identification de l’auteur, par exemple d’un avis Google anonyme. Le règlement e-Evidence, qui ne s’applique qu’en matière pénale, ne lui prête ni son délai de dix jours ni ses sanctions.

Diffamation ou injure en ligne : la plainte avec constitution de partie civile doit être déposée dans les trois mois de la première publication. Le cabinet la rédige, comme les plaintes pour cyberharcèlement, menaces et usurpation d’identité, et la suit jusqu’à l’audience. Contacter le cabinet →

Capture d’écran, constat de commissaire de justice, conservation des données : les preuves à réunir

En matière pénale, la preuve est libre (art. 427 du code de procédure pénale) : une capture d’écran est recevable. Le constat de commissaire de justice n’a pas de force supérieure, ses constatations ne valant en matière pénale que simples renseignements, mais il relève l’adresse, la date et le contenu de chaque publication, ce qu’une capture isolée ne garantit pas. L’un et l’autre précèdent tout signalement, qui peut entraîner le retrait du contenu.

Le règlement e-Evidence ne porte que sur les données que la plateforme stocke au moment où elle reçoit le certificat, et il n’impose aucune obligation de conservation. La première demande est donc la conservation : l’injonction européenne de conservation gèle les données pendant soixante jours, prorogeables de trente, et peut être émise pour toute infraction.

Dans l’information judiciaire, la partie civile la sollicite par une demande d’acte écrite et motivée, qui désigne la plateforme, l’identifiant du compte, les données recherchées et la période. Le juge d’instruction qui n’entend pas y faire droit rend une ordonnance motivée dans le mois, susceptible d’appel (art. 82-1 et 186-1 du code de procédure pénale).

Avant tout signalement : le cabinet fait constater les publications par commissaire de justice et demande la conservation des données du compte. Contacter le cabinet →

Questions fréquentes

La police peut-elle retrouver un compte Instagram supprimé ou un compte Snapchat ?

Cela dépend de ce que la plateforme conserve encore lorsqu’elle reçoit l’injonction : le règlement e-Evidence ne porte que sur les données stockées à cette date et n’impose aucune conservation. Une injonction de conservation émise rapidement est la seule garantie que le règlement offre.

La police peut-elle retrouver l’auteur d’un compte anonyme qui utilise un VPN ?

L’adresse IP livrée par la plateforme est alors celle du serveur du VPN, non celle de l’utilisateur. L’enquête s’appuie sur les autres données du compte : adresse électronique, numéro de téléphone, connexions établies sans VPN, et, le cas échéant, sur ce que conserve le fournisseur du VPN.

Une capture d’écran est-elle une preuve recevable ?

Oui. En matière pénale, les infractions peuvent être établies par tout mode de preuve. Le constat de commissaire de justice n’a pas de valeur supérieure, mais il fixe l’adresse, la date et le contenu des publications.

La police peut-elle refuser une plainte pour cyberharcèlement ou diffamation ?

Non. Les officiers et agents de police judiciaire sont tenus de recevoir les plaintes des victimes, même lorsque leur service n’est pas territorialement compétent, et de remettre un récépissé qui mentionne les délais de prescription.

Quel est le délai pour porter plainte pour diffamation sur les réseaux sociaux ?

Trois mois à compter de la première mise en ligne, un an pour une diffamation ou une injure discriminatoire. La plainte simple n’interrompt pas ce délai ; la plainte avec constitution de partie civile l’interrompt, sous réserve du versement de la consignation.

Un signalement sur Pharos ou à Instagram vaut-il plainte ?

Non. Le signalement à la plateforme peut conduire au retrait du contenu, et Pharos peut transmettre les faits à un service d’enquête, mais ni l’un ni l’autre ne vaut plainte ni n’interrompt la prescription.

Que faire contre un faux compte Instagram ou Facebook créé au nom de la victime ?

Faire constater le profil, puis porter plainte pour usurpation d’identité : ce délit, puni d’un an d’emprisonnement, permet de requérir l’adresse IP du créateur du compte. Le formulaire de signalement d’Instagram ou de Facebook peut conduire à la suppression du profil, non à l’identité de son auteur.

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Depuis le 18 août 2026, l’identification de l’auteur d’un compte anonyme ne dépend plus de la réponse d’un État étranger, mais de trois décisions prises dans les premiers jours : la qualification, la précision de la plainte et la demande de conservation. Notre analyse consacrée à la preuve numérique et la fin du refuge irlandais décrit ce que le règlement change selon la position occupée dans la procédure.

L’auteur

Maître Mehdy Kadri est avocat au Barreau de Paris. Il exerce au sein du Cabinet Kadri Avocat (Paris 8e) en droit pénal général et criminel, pénal des affaires, pénal fiscal, cybercriminalité et cryptoactifs, droit de la presse et droits humains. Il publie régulièrement dans l’AJ Pénal (Dalloz) et l’Encyclopédie Doctrine.

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Cette analyse s’inscrit dans l’activité du cabinet en cybercriminalité et droit pénal du numérique. Elle ne constitue pas une consultation juridique et ne saurait se substituer à un avis personnalisé.